Du texte au textile
J’ai longtemps exercé comme professeure-documentaliste dans des collèges en Vendée et en Lot-et-Garonne. Puis est venu le temps et l’envie de rompre ce quotidien, le temps où je décide de l’organisation de mes journées et l'envie d’inventer et de créer de mes mains.
Depuis septembre 2026, en disponibilité de l’Éducation Nationale, je travaille dans mon atelier, installé chez moi à Grateloup. Aujourd'hui, je réalise des tableaux textiles brodés à la main. Ce changement de vie est un retour au geste lent et à la liberté de création.
Des tissus chinés
Pour mes créations textiles, j’utilise des tissus qui ont déjà eu une vie : récupérés dans les greniers, les fonds de mercerie, dans les ateliers de couture, découpés dans des vêtements usés ou dans des draps de toile brute…
J’aime le linge ancien qui a gardé la mémoire du temps : des usures, des rousseurs, des jaunissements, des auréoles brunes qui racontent les maisons du passé, les vestiges des repas, les usages répétés qui amincissent le tissu…
Je récupère des chutes : un bout de lainage, de cotonnade fleurie, un carré de lin, un ourlet défraîchi, des morceaux de satin, de laine ou de toile qui vont composer un paysage où couleurs et matières se répondent.
Je joue avec la texture et la manière de réagir des tissus : la soie, le satin ou le polyester réfléchissent la lumière et donnent des effets brillants. Je les combine à des tissus mats comme le coton, le lin ou le lainage. Leur texture irrégulière permet de créer du relief. Les matières légères, comme l’organza, le tulle ou la mousseline créent des transparences.
Un fond de mercerie
Dans les cartons d’une ancienne mercerie, j’ai trouvé des trésors de dentelles anciennes, certaines jaunies, d’autres déchirées, abandonnées, dont les fils forment des dessins délicats.
Des fils à broder
Sur ces tissus, je brode. Des tableaux de fil et d’étoffe sur lesquels chaque maison, chaque fleur, chaque paysage naît du passage répété de l’aiguille qui trace des points serrés, des reliefs minuscules.
Dans d'autres maisons
Vendre mes créations exigeait d'accepter de m'en séparer : chaque tableau dépasse le simple assemblage de fil et de tissu ; il porte en lui une part de mon histoire, de mon imaginaire et de ces heures passées à le réaliser.
Au début, je les posais simplement contre les murs de l’atelier où ils semblaient trouver leur place.
Puis il a fallu apprendre à montrer ce travail au monde. Photographier, écrire quelques mots, choisir un prix sans trahir les heures passées à broder. J'ai découvert qu’un tableau brodé ne se vend pas seulement comme un objet décoratif ; il doit toucher ceux qui cherchent la présence humaine des créations faites à la main.
Je les imagine accrochés dans d’autres intérieurs.
Le fil continue son voyage...